lundi 11 octobre 2010

A trois amies chères

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Trois amies très chères, qui ne se connaissent pas du reste, viennent de me donner par courriel, leur avis sur mes billets. Je désire leur répondre ainsi, du reste, qu'à tous ceux qui pourraient partager leur opinion.
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Il est vrai que je puis donner l'impression d'avoir des avis péremptoires sur des sujets très divers, et de disserter de tout. Je conçois que cela puisse étonner, agacer et même indisposer. Je demande à mes lecteurs de l'indulgence : dans la mesure du possible, je m'efforce d'argumenter, de faire appel à la raison, de citer mes sources et de m'appuyer dessus. Je lis énormément et travaille de même. Il y a aussi des billets où j'emprunte plutôt le style discursif avec infiniment moins de bonheur, bien sûr, que CONFUCIUS, le Maître du genre et un penseur admirable selon moi, ou que PASCAL, un génie inégalé. Les deux ont largement fait appel à ce style qui enchaîne les idées proches les unes des autres, les lient par la force de l'évidence, et entraînent ainsi l'adhésion du lecteur. Si je puis donner l'impression d'être très sûr de moi, en vérité il n'en est rien. Je prie donc mes lecteurs d'excuser cette tendance - imputable sans doute à mon métier - à être soit docte soit magistral. Et je leur demande de croire à ma bonne foi tout en reconnaissant bien volontiers que je puis être souvent dans l'erreur. J'accepte donc les critiques, et je m'efforce de les accueillir avec humilité.
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Une autre lectrice trouve que nombre de mes propos trahissent de l'aigreur ou du pessimisme. Et elle trouve que cela ne correspond pas du tout à ma gaieté naturelle. J'aime rire, j'aime faire rire en effet. Je dois donc m'expliquer sur la couleur morose de certains de mes billets. Je déteste le conformisme de la pensée et tiens de mon père cette détestation pour les idées toutes faites, celles que nous distillent les médias ou qu'ils nous assènent quand l'assènement sert leurs intérêts. Je hais le mensonge, la fausseté et la mauvaise éducation. Le politiquement correct me fait horreur. Par exemple nier que la concentration de communautés étrangères en des points précis, des communautés souvent coupées de tout lien commode avec l'extérieur, pauvrement pourvues de services publics, de loisirs, de commerces, conduit à la création de ghettos nationaux et à l'alimentation de la violence, voire de la délinquance, me paraît être suicidaire. TOUTES LES COMMUNAUTÉS ÉTRANGÈRES ne sont pas dans cette situation, tant s'en faut, bien sûr (ainsi en est-il de la communauté chinoise ou de la pakistanaise, qui savent très bien s'adapter à leur pays d'accueil). Mais il y en a. Et cela suffit pour que nous nous posions des questions. Un meilleur accueil, une meilleure formation, des habitations plus dignes, certes, mais aussi l'exigence absolue de respecter les lois et les valeurs de la République, me semblent être normal. Comme il est normal de sanctionner les abus dont ces communautés pourraient se rendent coupables. Il n'y a là rien d'extraordinaire à le dire, aucun racisme, aucune xénophobie, mais une conception saine de la vie en commun. Considérer que la critique systématique des mesures gouvernementales par l'opposition, critique par ailleurs vide de toute proposition, est indigne d'un responsable politique ne me semble pas offensant. On devrait relire JAURES ou BARRES ou CLEMENCEAU ou BERNANOS ou THIBON pour comprendre ce que veut dire proposer.
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A cette troisième amie qui trouve que je fais la part belle au Président SARKOZY, je dirais ceci : (a) on ne peut parvenir à disqualifier un message ou une politique, en disqualifiant le messager ou celui qui l'inspire ; (b) le Président SARKOZY a commis de graves erreurs ; il a donné l'impression qu'il soutenait les riches au détriment des pauvres, je dis bien donné l'impression, car il a pris nombre de mesures en faveur des classes moyennes (déduction des intérêts d'emprunt pour l'achat d'un logement principal, suppression des droits de succession pour les héritages de taille relativement importante, prime à la casse), et je trouverais juste qu'on le créditât de cette initiative. Mais sa plus grave erreur est d'avoir voulu faire "peuple" par des propos indignes de la fonction. Je crois que le "casse-toi pauvre c..." lui a aliéné un grand nombre de nos concitoyens qui se font une autre idée de la fonction présidentielle ; (c) il s'est attaqué à des féodalités qui ruinent la vie du pays, au nombre desquelles il faut compter la magistrature et les syndicats. Tout n'a pas toujours été fait dans la concertation ou la discussion. Mais est-il possible de reformer la France en profondeur ? Bref, je respecte la fonction, j'approuve certaines mesures qui me paraissent aller dans le bon sens. Mais personne ne me forcera à exprimer pour l'homme une sympathie que je n'éprouve pas.

4 commentaires:

tippel a dit…

Ce billet est beau, sincère et émouvant, continuez cher Monsieur Poindron à nous instruire. Souhaitons que certains de vos lecteurs s'expriment sur vos billets.

potomac a dit…

ah que c'est bon d'être une femme; on accepte mieux la contradiction!Par rapport à la cté chinoise ou autre asiatique dans notre pays; il faudrait essayer d'aller voir ce qui s'y passe à l'intérieur car si ces ctés ne font pas parler d'elles, c'est absolumlent terrible ce qui se passe tous les jours.

Philippe POINDRON a dit…

Cher Potomac, j'accepte d'être contredit, sans aucune espèce de colère. Je demande simplement que la contradiction soit argumentée et rationnelle. Rien n'est plus nuisible au vivre ensemble que la passion. Et, chacune à sa manière, certes, mais avec délicatesse, mes lectrices m'ont dit des choses que je crois justes et que dois prendre en compte. Avez-vous le sentiment que j'ai négligé vos remarques ? Si c'est le cas, dites-le. Je me ferai un devoir de vous répondre, voire de battre ma coulpe.
Pour ce qui est des communautés asiatiques, il faut bien prendre ce que j'ai dit pour ce que j'ai dit : extérieurement, ces communautés (cf. le quartier chinois du XIIIe à PARIS) ne font pas de vagues. Les sujets originaires du Pakistan travaillent dur, dans des restaurants (cuisine), des ateliers d'artisans (bijoutiers, tailleurs, maroquiniers). Ils ne font pas la queue aux guichets pour toucher les aides auxquelles ils auraient droit. J'ignore les détails de la vie intérieure de ces communautés ; je constate qu'elles existent et semblent s'accomoder de ce qui leur est offert. Du reste, il convient de nuancer les propos qui tendraient à faire des autres communautés étrangères (africaines, nord-africaines, turques) des nids de violence et de délinquance. Pas de généralisation.
Tout de même, et pour finir, je ne crois pas qu'il soit sain pour un pays que de laisser se constituer ces sortes de ghettos ethnico-linguistiques (exemple : les communautés turques de BARR ou du quartier de KOENIGHOFFEN à STRASBOURG ; je me demande du reste, si vous ne les connaissez pas... celle de STRASBOURG en tgout cas). Bien amicalement, et avec mes remerciements pour votre contribution régulière au débat.

Geneviève CRIDLIG a dit…

Par rapport aux remarques émises par trois lectrices, bon d’accord pour les justifications. Simplement pour que la communication soit égale et de même valeur en quelque sorte que pour les personnes qui prennent le risque d’exposer leur sentiment et par là de s’exposer tout de même un peu ,en dépit de l’anonymat, il serait indispensable de ne traiter que les opinions et commentaires qui apparaissent en clair dans le blog.

Tout ce qui vous est dit en privé peut certes être intéressant et pertinent mais je dirais de manière un peu abrupte : cela ne concerne pas la vie interne du blog.
J’ajoute même que, pour moi, ces avis rapportés de l’extérieur ne m’intéressent pas et je n’en tiens pas compte.

En fait ils n’existent pas dans le réel de ce cadre dont chacun appréhende les limites et pourtant la richesse - et ma remarque est objective.


A part ça : concernant le Président, j'ai particulièrement apprécié l'argumentation qui sépare le jugement sur l'homme de celui qui porte sur ses actes.