samedi 27 novembre 2010

Utiles rappels

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Voilà bientôt trois ans que je m'efforce de faire partager à mes lecteurs les fruits de mes réflexions, leur évolution. Il y a un an ou plus, je parlais des règles qui fondent une communication éthique, des règles établies par un très grand philosophe contemporain, Jürgen HABERMAS. Avant d'aller plus loin, et d'expliquer (à Hiver par exemple) que loin d'être partisan, je m'efforce d'être objectif, je vais rappeler pêle-mêle ces règles.
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(a) Faire à son interlocuteur le crédit de la bonne foi.
(b) Donner aux mots le même sens et donc s'accorder au préalable sur leur définition.
(c) Laisser à son interlocuteur le temps nécessaire pour exposer sa pensée.
(d) Dire de quel lieu on parle et se tenir à ce lieu.
(e) Faire le constat commun des points d'accord et de désaccord.
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Hiver, dans un commentaire du billet "Ils ont osé", me fait le procès d'être partisan. Hiver s'adresse à moi ; il y a donc communication. Mais, comme chacun de nous est poussé à le faire, il interprète mes propos, cherche des arrière-pensées à mes remarques. Il ne me fait pas le crédit de la bonne foi. La première règle n'est donc pas entièrement respectée. Mais il va m'objecter ceci : "Vous-même imputez une mauvaise foi incroyable à monsieur BAYROU ou madame AUBRY. Vous ne leur faites pas le crédit de la bonne foi". Nuance, nuance ! Ces personnes ne s'adressent pas à moi. Je ne suis pas leur interlocuteur, mais un spectateur de leurs échanges acerbes avec le Président de la République. Comment pourrais-je à partir de ce que j'ai observé et compris de l'interview de monsieur SARKOZY affirmer qu'ils ont été objectifs. Il n'est pas vrai, par exemple, que le Président n'ait parlé des jeunes ; il a souligné les raisons vraisemblables de leur actuel malaise. Il en a parlé différemment de ce que monsieur BAYROU a exposé dans son programme. L'analyse a été superficielle, c'est exact, mais elle était juste, et c'est cela qu'il fallait dire pour être intellectuellement honnête. En affirmant cela, je respecte la dernière règle celle du constat de bonne foi de nos points d'accord et de désaccord sur cette intervention.
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Je n'ai jamais caché l'endroit d'où je parlais. Il est celui d'un universitaire chrétien. A ce titre, je me reconnais le droit de ne pas taxer de déboussolement ou d'hésitation, les temps de silence et de reprise du Président, mais d'y reconnaître les limites assumées et les faiblesses de tout être humain, madame AUBRY incluse. J'ai donc respecté la quatrième règle, mais, sur ce point, je reconnais que monsieur BAYROU et madame AUBRY l'ont aussi respectée, en se situant clairement comme responsable de leurs mouvements politiques respectifs. Je m'interroge simplement sur le degré de liberté que leur laisse cette qualité. Il me semble limité par les pressions que les ambitions politiques, l'opinion publique, leurs projets largement influencés par les électeurs potentiels exercent sur eux. Elles les incitent à découper dans le réel ce qui semblent abonder dans leur sens et conforter leurs désirs.
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Quant à l'accord sur la définition des mots, il est loin d'être acquis. On les pare souvent de toute une brume de significations symboliques. L'achat et la transformation d'un avion d'occasion pour en remplacer deux, désuets, à court rayon d'action est tout à fait emblématique : c'est une réelle source d'économies pour le Président, une dépense inutile et obscène pour l'opposition. Le désaccord porte sur le sens que l'on donne au mot "économie". Pour l'un c'est dépenser moins, pour l'autre c'est augmenter les impôts des plus riches pour maintenir en l'état la totalité des dépenses publiques, la redistribution y compris. Dans les deux cas c'est parfaitement compréhensible et même acceptable, mais on ne parle pas de la même chose : dialogue de sourds ! sonotones autorisés.
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A demain.

5 commentaires:

potomac a dit…

Monsieur le professeur.
Quelle leçon et avec tout cela sentons nous libres.
Puis-je ajouter un petit "f": répondre aux questions posées!!!
Je suis en attente perpétuelle à des questions posées, neme demandez pas lesquelles, recherchez chez Potomac qui attend votre avis sur beaucoup de points pour l'aider à se faire une idée plus précise.
Est-ce que j'intérprête vos pensées? Oui, de temps en temps, mais c'est ma liberté et il me semble que ce n'est pas la votre de ne pas réagir ou de réagir "à côté" dans ce que vous lancez sur les "ondes".
Si vous estimez que vos règles doivent être impérativement suivies, vous êtes, et nous serions, en plein dans le tribalisme politique, sus à la gauche, et quand ca changera, sus à la droite.
Tippel me "rentre" souvent dedans, mais il ya certains points de sa part que j'admets et valide.
Maintenant je n'ai pas fait de latin (cf quelques réponses de sa part) et puis, souvent les feuillets sont de l'hébreu pour moi.
Qui habet aures audiendi, audiat!

mais également

Qui bene amat, bene castigat!

(Ne vous affolez pas, c'est copié dans les pages roses du LaROUSSE°

Philippe POINDRON a dit…

Cher Potomac,
Je n'ai pas répondu à vos question, j'en conviens.
J'ai reçu le livre de FRIOT ; j'en ai commencé la lecture. Il me décourage. Voici pourquoi. Bernard FRIOT commence par poser les bases de son raisonnement : la retraite est un salaire différé ; elle paye une qualification, etc. Et toute son argumentation consiste à démontrer, en partant de ce point de départ, que la retraite est un salaire différé qui paye une qualification. Le raisonnement est donc circulaire, et rationnellement invalide. Même dans le résumé de l'historique des retraites, il omet de signaler que c'est la solidarité intergénérationnelle qui en fonde la légitimité. Ceci revient à dire que, partisan d'une large solidarité, il en ruine les fondements en prétendant que l'individu est au centre du dispositif. Mais je suis tenace, je reviendrai en temps et lieux quand j'aurais eu le courage de lire ce pensum.
Comment dois-je prendre vos remarques ? Bien entendu, vous êtes libre d'interpréter mes propos ; cela ne me gène en aucune façon. Mais vous devez savoir que ce sont des interprétations affectées d'un fort coefficient d'incertitude.
Je ne comprends pas ce que vous voulez dire quant à ma liberté de répondre ou non à vos commentaires.
Il ne s'agit pas de mes règles, mais de celles, longuement muries, argumentées, critiquées et posées avec beaucoup de prudence par HABERMAS. Où est le tribalisme politique ? Vous pouvez penser que le Président de la République n'est pas de bonne foi mais admettre que c'est une interprétation de votre part. Il est plus simple de dire : "Il est de bonne foi" et de chercher en quoi le raisonnement présidentiel est vicié. N'est-ce pas là le fondement d'un échange authentique et droit ?
Hélas, mes oreilles entendent, mes yeux voient, surtout mes propres limites.
Bien amicalement.

potomac a dit…

Cher monsieur

Sur le fond, jamais je ne veux vous attaquer personnellement; sur la forme cela peut paraitre autrement. Laissez vous ouvrir à d'autres interprétations provenant d'autres niv eaux de réflexion. Jésus lui-même n'at-ilpas choisi des drôles de types qui sont quand même devenus ses apôtres?
Quant à vos limites, c'est normal que vous (que nous) en ayez, l'éternité est pour un peu plus tard... enfin j'espère

tippel a dit…

L’histoire nous apprend que les débats politiques, philosophiques, et même scientifiques sont souvent très violents, et quelles que soient les civilisations. Alors, Chers Amis, il faut accepter le débat tel qu’il arrive, il ne nous diminue pas, il fait parfois réfléchir, et surtout il n’oblige aucun d'entre nous à répondre à un comportement qui ne nous convient pas. Moi je n’ai aucun goût pour le monologue sécurisé. Alors je dis à l’ami Hiver: exprimez-vous encore plus, et au Président Philippe Poindron: continuez parbleu !!!

Hiver a dit…

Je trouve la conclusion de Tippel assez jolie et j'espère que d'autres aussi sourirons à ce propos fondé et optimiste.